Allyn Howlett : la chercheuse qui a découvert le récepteur CB1
Pendant des décennies, une question est restée sans réponse : pourquoi le chanvre agit-il sur l'organisme humain ? On savait quelles molécules il contenait, on savait qu'elles produisaient des effets, mais personne ne savait par quel mécanisme. La réponse est venue en 1988 d'un laboratoire de Saint-Louis, dans le Missouri, et elle porte le nom d'Allyn Howlett. Sa découverte du récepteur CB1 a fait basculer la recherche : le corps humain possède ses propres serrures, et les molécules du chanvre en sont les clés. Sans elle, ni la notion de système endocannabinoïde ni la compréhension actuelle des fleurs de CBD et de leurs dérivés n'existeraient.
Qui est Allyn Howlett ?
Allyn C. Howlett est une neuropharmacologue américaine. Dans les années 1980, elle dirige un laboratoire au département de pharmacologie de la Saint Louis University School of Medicine, dans le Missouri. Son terrain de recherche n'est pas le chanvre en tant que plante, mais la manière dont les molécules agissent sur les cellules nerveuses.
C'est cette approche qui va tout changer. Là où les chimistes avaient passé des décennies à isoler des molécules dans la plante, Howlett pose la question dans l'autre sens : que se passe-t-il du côté du corps ? Elle est aujourd'hui professeure au département de physiologie et pharmacologie de la Wake Forest School of Medicine, en Caroline du Nord, où son laboratoire poursuit ces travaux.
1988 : l'expérience qui change tout

Au milieu des années 1980, l'hypothèse d'un récepteur spécifique aux cannabinoïdes circule mais reste invérifiable. Les indices s'accumulent : les effets observés sont stéréospécifiques, c'est-à-dire qu'une molécule et son image miroir ne produisent pas les mêmes résultats. Ce genre de sélectivité suggère fortement un récepteur. Mais suggérer n'est pas démontrer.
Le problème technique
Pour prouver qu'un récepteur existe, il faut observer une molécule s'y fixer. La méthode classique consiste à marquer cette molécule avec un isotope radioactif, puis à mesurer où elle se lie. Problème : le THC se prête mal à cet exercice, son affinité étant trop faible pour produire un signal exploitable.
La solution : un cannabinoïde de synthèse
L'équipe de Howlett contourne l'obstacle en utilisant un cannabinoïde de synthèse bien plus puissant, le CP-55,940, développé par les laboratoires Pfizer, et en le marquant au tritium. Cette fois le signal est net : les membranes de cerveau de rat révèlent des sites de liaison à haute affinité, sélectifs, saturables. La preuve directe est là.
Les travaux du laboratoire montrent aussi que ces sites inhibent l'adénylate cyclase par l'intermédiaire de protéines G, ce qui identifie la nature du récepteur. En novembre 1988, l'article paraît dans Molecular Pharmacology sous le titre Determination and characterization of a cannabinoid receptor in rat brain, signé par William Devane, doctorant dans le laboratoire, Floyd Dysarz, deux chercheurs de Pfizer et Allyn Howlett.
Ce récepteur sera plus tard baptisé CB1. Notre article dédié détaille son rôle et sa localisation dans l'organisme.
Ce que cette découverte a déclenché
La suite s'enchaîne vite, et chaque étape découle de la précédente.
1990 : une équipe du National Institute of Mental Health, menée par Lisa Matsuda, clone le récepteur et publie sa structure dans Nature. On passe de l'existence démontrée à la carte d'identité moléculaire complète.
1992 : à Jérusalem, l'équipe de Raphael Mechoulam isole l'anandamide, la première molécule produite par le corps lui-même qui se fixe sur ce récepteur. La boucle se ferme : si le corps a une serrure, c'est qu'il a aussi sa propre clé.
1993 : un second récepteur est décrit, le CB2, présent surtout en périphérie et notamment dans les cellules immunitaires. C'est ce récepteur qui intéresse aujourd'hui les formulations dites complexe CB2.
De ces briques successives naît le concept de système endocannabinoïde, un réseau de récepteurs et de molécules endogènes présent dans l'ensemble de l'organisme. Tout part de l'expérience de 1988.
Le fil rouge entre Saint-Louis et Jérusalem
Un détail rend cette histoire particulièrement cohérente. William Devane, le doctorant qui signe en premier auteur l'article de 1988, rejoint ensuite le laboratoire de Raphael Mechoulam en Israël. C'est là qu'il participe, avec Lumír Hanuš, à l'isolement de l'anandamide en 1992.
Autrement dit, le même chercheur est présent aux deux extrémités de la découverte : celui qui a mis en évidence la serrure a aussi contribué à trouver la clé. Cette continuité humaine relie deux laboratoires, deux continents et deux traditions de recherche, la pharmacologie américaine et la chimie israélienne. Nous consacrons un portrait complet à l'autre figure de cette histoire, Raphael Mechoulam.
Pourquoi cette découverte compte encore aujourd'hui
Elle a d'abord changé le statut du sujet. Avant 1988, l'étude des effets du chanvre relevait de l'observation. Après, elle devient de la pharmacologie des récepteurs, une discipline avec ses outils, ses mesures et ses standards. Le sujet gagne en légitimité scientifique.
Elle a ensuite ouvert un champ de recherche entier. Le CB1 s'est révélé être le récepteur couplé aux protéines G le plus abondant du cerveau des mammifères, ce qui explique l'ampleur des travaux qui ont suivi. Comprendre ce récepteur, c'était comprendre un système de régulation majeur.
Elle éclaire enfin ce que l'on trouve aujourd'hui en boutique. Qu'il s'agisse d'une huile CBD, d'une résine ou de cristaux, la logique des taux, des spectres et des associations de cannabinoïdes découle directement de ce cadre théorique. Sans la découverte des récepteurs, parler de pourcentages n'aurait aucun sens.
Une pionnière longtemps restée dans l'ombre
Le nom d'Allyn Howlett est peu connu du grand public, y compris parmi les utilisateurs de produits au chanvre. Les histoires de la recherche sur le cannabis citent volontiers Mechoulam, parfois Gaoni ou Roger Adams, rarement la chercheuse qui a démontré pourquoi ces molécules agissent.
Cette discrétion tient sans doute à la nature de sa contribution. Isoler une molécule est un geste spectaculaire et facile à raconter. Démontrer l'existence d'un site de liaison par déplacement d'un radioligand l'est beaucoup moins. Pourtant, sans cette seconde étape, la première serait restée une curiosité chimique sans explication.
Questions fréquentes
Qui a découvert le récepteur CB1 ?
L'équipe d'Allyn Howlett, à la Saint Louis University School of Medicine, en 1988. L'article fondateur est signé par William Devane, alors doctorant dans son laboratoire, et par Allyn Howlett.
Comment le récepteur a-t-il été identifié ?
Grâce à un cannabinoïde de synthèse, le CP-55,940, marqué au tritium. Ce marquage a permis de repérer des sites de liaison à haute affinité dans les membranes de cerveau de rat, apportant la première preuve directe.
Pourquoi cette découverte était-elle importante ?
Elle explique pourquoi les molécules du chanvre agissent : elles se fixent sur des récepteurs déjà présents dans l'organisme. Elle a conduit au clonage du récepteur en 1990, à l'anandamide en 1992 et au concept de système endocannabinoïde.
Quelle différence entre CB1 et CB2 ?
Le CB1, identifié en 1988, est concentré dans le cerveau et le système nerveux central. Le CB2, décrit en 1993, se trouve surtout en périphérie, notamment dans les cellules immunitaires.
Que fait Allyn Howlett aujourd'hui ?
Elle est professeure au département de physiologie et pharmacologie de la Wake Forest School of Medicine, en Caroline du Nord, où son laboratoire étudie les interactions protéiques qui modulent l'activité des récepteurs aux cannabinoïdes.
La chercheuse qui a trouvé la serrure
L'histoire du chanvre est souvent racontée comme celle de molécules isolées les unes après les autres. Elle est aussi, et peut-être surtout, celle d'une découverte faite du côté du corps humain. En démontrant que notre organisme possède des récepteurs conçus pour ce type de molécules, Allyn Howlett a transformé une plante intrigante en objet de science. Chaque taux affiché sur un flacon de notre gamme CBD français s'inscrit, sans qu'on y pense, dans le cadre qu'elle a ouvert en 1988.
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